GR10 – Retour d’expérience sur la traversée, Partie 1

Il y a fort longtemps que je souhaite écrire enfin quelques mots sur ma traversée des Pyrénées par le GR10. Aujourd’hui je vais vous raconter mon aventure, comme je la ressent maintenant. Bien sur j’ai pris des notes chaque jours sur mon ressenti mais j’y reviendrais plus tard.

Il est difficile de se perdre sur le GR10 quand les conditions sont bonnes

Presque 1 an, déjà… C’est le temps qu’il m’a fallu pour enfin écrire quelques mots. Il y a d’abord eu les 2 ou 3 premiers mois difficiles à digérer. Car oui, cette belle aventure m’a bien travaillé l’esprit. Surtout après ce fameux 14 juillet, jour d’arrivé à Banyuls. Beaucoup d’images, de pensées positives mais aussi le retour à la civilisation. Le bruit de la ville qui ne dort jamais et agresse mes oreilles. Se retrouver seul, dans un appartement de 50m², certes bien plus grand que ma tente mais si à l’étroit comparé à l’immensité de ce terrain de jeu qui m’a entouré pendant 8 semaines.

Et puis, il a fallu gérer l’après. Pour la petite histoire, j’ai du quitter mon travail pour réaliser ce rêve, faute d’accord avec mon employeur. Je pensais que cette aventure me laisse le temps de réfléchir à un autre avenir. Mais il ne faut pas croire, quand on marche seul sur ces sentiers escarpés, la concentration est très importante et on ne peut se laisser aller dans nos pensées. Malgré tout j’ai trouvé des réponses à mon avenir.

Le mois de septembre est déjà bien avancé et il faut se remettre au boulot, plutôt que de déprimer, à ressasser cette incroyable traversée des Pyrénées . Depuis j’ai quitté la ville pour m’installer à la campagne et m’épanouir dans un nouveau travail. Aujourd’hui les choses se concrétisent sur le plan personnel et je peux enfin prendre un peu de temps pour partager cette expérience unique.

La boue colle au pied, l’eau finit par rentrer dans les chaussures

Le GR10 se fut court, trop court. J’ai pourtant pris le temps en me fixant 8 semaines, même si bien souvent cela ce fait sur 6. Mais le temps passe vite, entre les jours de repos pour reprendre des forces, les jours pour soigner les blessures ou encore le mauvais temps. La météo tiens… Le bilan reste positif, 5 semaines de beau temps, sans compter les orages de passage, fréquent en montagne après 16h, notamment à partir de juin. Mais aussi ces trois semaines de pluie, brouillard d’affilées. Cette fameuse période qui a vu pleins d’endroits inondées. Cette fameuse période dont on parle encore aujourd’hui. Si vous avez ressenti une lassitude, voir des désagréments sur cette période, imaginez vous au milieu de nulle part, sans rien d’autres qu’une tente 1 place et de quoi se changer sur 3 jours max… J’ai souvent eu les pieds trempés durant cette période, les chemins transformés en ruisseau, les ruisseaux en torrent. Je vous rassure, l’eau n’a jamais dépassée mes chevilles… Les vêtements ? Je remercie les gîtes d’étapes, pour leur hospitalité. leurs radiateurs qui m’ont permis assez souvent de sécher tout cet attirail, ou encore de recharger les batteries de téléphone et une douche bien chaude. Tout ça pour quelques euros…

Les désagréments… quand on les acceptent, ça passe beaucoup mieux. On y trouve même une forme de plaisir. Ça je l’ai appris d’un aventurier que j’adore. Et je vous assure c’est le cas. Malgré tout, le moral est au plus bas en cette fin de troisième semaine de pluie. Pas à cause d’elle mais plus du fait de voir mes compagnons de route, croisés ici et là, abandonner leur périple, j’y reviendrai dans un futur article. Je commence à me demander si ça ne va pas être mon tour…

En y repensant, personne ne me pousse à faire ce voyage, à subir cette météo qui s’ajoute déjà à une longue liste d’autres « pépins ». Mais la persévérance paye toujours. Finalement le beau temps fini par revenir et ce malgré les prévisions météo données par les habitants que j’ai croisé qui avait fini par m’achever moralement.

Quand on part si tôt en montagne, le 20 mai, on s’attend forcément à rencontrer de la neige. Vacances d’avril 2018, je pars en famille dans les Landes depuis Toulouse. L’autoroute longe, sur une bonne partie du trajet, les Pyrénées. Le regard inquiet, je vois ce manteau blanc encore bien épais. Il reste encore quelques semaines avant le départ mais au fond de moi je le sais déjà. Seul, je ne prendrais pas certains risques. La neige j’adore mais je sais aussi qu’elle peut être très dangereuse en fin de saison. Elle l’est déjà en pleine hiver…

Passage du col de Madamète (2509m)

J’ai commencé à la croiser au col de La Pierre-St-Martin (1774m d’altitude) par petits névés. En arrivant à la station de ski, la neige se fait plus présente. Il est encore tôt dans l’après-midi mais pourtant j’hésite à poursuivre. Je n’ai pas encore récupéré crampons et piolet, qui m’attendent sagement le weekend suivant. Ce qui veut dire que je vais devoir éviter le plus possible les névés et donc rallonger le temps de marche. C’est ma méthode, surtout seul et quand je ne suis pas équipés. J’observe le terrain et j’esquive tant que possible quitte à rallonger le chemin. Prudence oblige, surtout avec 15kg dans le dos.

Finalement mon choix sera le bon. Vers 16h le brouillard apparaît, il est très épais. Dans la neige avec ce brouillard, même avec un GPS c’est compliqué de se repérer.

La vue sur le pic du midi d’Ossau depuis le col d’Ayous (2185m)

J’ai appliqué cette philosophie pour toutes les autres étapes avec neige. Passé 14h00, je ne m’attaque pas à un col enneigé. Ça peu être frustrant mais ce fut payant à chaque fois. Je ne peux pas deviner ce qui se serait passé si j’avais continué de marcher pour tenir mes 8h de marche. Mais ce qui est sûr, c’est que les personnes que j’ai vu continuer là ou moi j’ai préféré m’arrêter, ont du arrêter l’aventure. Je pense notamment à 2 marcheurs avec qui j’ai partagé quelques bivouacs et qui se sont fait peur en traversant le Pas de l’Osque dans la neige le même jour ou je me suis arrêté à la station. Il ont abandonné le périple par peur de la suite. Ou encore ce groupe d’Allemand, qui ont démarré l’ascension du col d’Ayous en milieu d’après-midi et ce sont perdu dans le brouillard qui s’en est suivi. Résultat, un des randonneurs c’est retrouvé à l’hôpital pour une blessure à l’épaule suite à une chute. Les autres ont été hélitreuillés au refuge.

Je vous rassure, il n’y a pas que de la neige, du brouillard ou encore de la pluie. Il y a aussi le soleil. Aahhh le soleil… si pour le moral il est excellent, il peu aussi être très difficile à gérer.

Changement de décor en approchant du Perthus

En altitude, avec 15kg chargés, et un soleil qui chauffe au dessus des 18° ça peut vite être un calvaire. La soif, se ressent plus vite et ce malgré que je m’impose de boire une à deux gorgées d’eau tous les quarts d’heure. D’un coup, la gestion de l’eau devient primordiale. Le choix du bivouac avec une source d’eau à proximité est indispensable. J’ai fait l’erreur au début de croiser une source d’eau et de me dire « oh je n’ai commencé qu’1 litre d’eau, je rechargerai à la prochaine source ». Cette fameuse prochaine source qui n’arrive jamais, ou qu’on est passé à coté sans l’apercevoir. C’est encore plus vrai en arrivant dans les Pyrénées Orientales. En y arrivant fin juin, la chaleur est accablante et les sources d’eau très rare. Il m’est arrivé de marcher plus de 2h sans eau, c’est long avec plus de 25 degrés qui se dégagent du sol. C’est à ce moment là qu’on prie pour qu’un orage éclate.

Les orages, je vais en parlé un petit peu. Dans mon expérience de randonneur, j’ai toujours réussi à éviter les plus violents. Il faut dire, quand on part à la journée ou en weekend, avec le bulletin météo ça suffit parfois. Au pire on fait demi-tour…

Par contre quand on est déjà engagé sur une crête, ou que le chemin où l’on se trouve ne permet pas de se mettre à l’abri, il ne reste qu’une option. Continuer !

Un autre orage approche alors que je suis sur la crête de l’Iparla

Je n’en ai rencontré que 2 violents, où bien sur j’ai du continuer. Le premier est sur les crêtes de l’ Iparla, au Pays Basque. Je démarre l’ascension tôt le matin. Le bulletin météo annonce de forte pluie mais pas d’alerte orage dans la matinée. La pluie ? tant pis, ça fait 2 jours et demi que je suis bloqué dans un village à cause d’une blessure à la cuisse, ça va mieux et je dois avancer. 1h et demi plus tard alors que j’arrive au sommet du pic d’Iparla, un violent orage éclate. Une grosse pluie, des éclairs suivis du grondement très proche. Je fais quoi ? Il est encore temps de faire demi tour. Je suis recroquevillé, à même le sol et je réfléchi à la suite de la journée. Finalement il passe assez vite. Le ciel est menaçant mais pas aussi noir qu’il y a 5 minutes. C’est le moment, je repars. Je gravi le sommet, me lance sur les crêtes. En voilà un second. Celui la redouble d’effort, la grêle sans mêle. Pas le choix, ça fait trop mal, je me met à l’abri. Ce n’est pas conseillé… Sur une crête la foudre va frapper le point le plus haut. Forcément, si on s’abrite sous un arbre ou un rocher, on peut se retrouver sous le point le plus haut. Je ne prend pas le temps de regarder autour de moi, en marchant j’avais déjà repéré 2 ou 3 abris potentiel. Je fonce m’abriter dessous et j’attend. Honnêtement, à ce moment là je cogite beaucoup. Que dois-je faire ? demi-tour ? Pas la peine, j’irai dans le même sens que l’orage. Avancer ? Avec la grêle, trop compliqué. Alors je reste là. Si ça doit me frapper, ça sera fera ici ou ailleurs, le destin est maître. Je me met à compter les secondes entre l’éclair et le grondement. 5 secondes, il est loin… 3 secondes, il se rapproche… 1 sec c’est la panique. Je n’ai jamais connu une telle violence, un tel déchaînement de la nature. Finalement il passera au bout de 30min qui m’aura semblé une éternité. Mais quand on croit que c’est terminé, ça ne l’ai pas toujours. En même temps, vous savez ce que l’on dit ? Jamais 2 sans 3 ! Réplique du précédent. Je vous épargne les détails, je pense que tous le monde à compris.

Après les orages vient le beau temps et dévoile un paysage somptueux

L’histoire finira tout de même bien puisque le soleil fera son apparition après le troisième pour me dévoiler la beauté de ce site exceptionnel.

Il y aurait encore tellement à dire sur cette fabuleuse expérience. Mais aujourd’hui je vais m’arrêter là. Bien sûr il y aura une suite, très prochainement, je n’ai pas encore parlé de la gestion de la nourriture ou encore de l’équipement. J’ai aussi encore beaucoup d’anecdotes à partager.

Je termine par un conseil, qui m’a été donné à la sortie de Sarre par un marcheur que j’ai croisé, un mec formidable. Il est porteur de messages d’espoirs. Mais celui ci , particulièrement, a retenue mon attention : « Il n »y a pas de hasard dans nos choix, dans nos rencontres. Quand cela arrive, il faut l’assumer, le vivre pleinement. Vie chaque expériences, chaque moments de cette aventure à fond. »

J’ai appliqué ce message à la lettre durant ce voyage, et croyez moi, je n’ai rien regretté.

A très vite,
William
MonGR10

3 pensées sur “GR10 – Retour d’expérience sur la traversée, Partie 1

  • 21 mai 2019 à 19 h 58 min
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    Nous n’avons jamais eu l’occasion d’en parler à ton retour, c’est avec beaucoup d’émotion que je lis ce premier récit.
    Hâte aussi de lire la suite.
    Ta grande soeur tjs aussi fière ❤

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  • 24 mai 2019 à 23 h 43 min
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    Il faut un grand courage pour entreprendre un tel voyage, et encore plus pour aller jusqu’au au bout. Je suis certain qu’il t’a apporté énormément. Je suis heureux pour toi et hâte de lire la suite de ton récit si bien raconté.

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